© Enquête de santé     -     Conditions générales     -     Mentions légales     -     Le blog     -     Contact     -     Qui sommes-nous ?

Les sangsues ont une action anti-coagulante et anti-inflammatoire

Quelles sont les indications médicales de l’hirudothérapie ?


Elles sont nombreuses ! L’hirudothérapie est très utilisée en chirurgie réparatrice, notamment dans le cadre de greffe de doigt ou d’oreille. De même, et là, les preuves cliniques sont nombreuses, elle marche très bien contre l’arthrose du genou : six études ont été menées sur plus de 300 patients, on  a constaté dans plus de 70% des cas une amélioration en termes de douleur (elle avait disparu) et de mobilité. Elle est également indiquée dans l’arthrose du pouce, du coude ou de l’épaule. Cela marche un peu moins bien au niveau de la hanche de par sa situation, plus loin de la surface du derme, et rendue encore plus difficilement accessible avec un peu d’embonpoint ; les résultats ne sont donc pas aussi spectaculaires.


L’hirudothérapie est indiquée dans le traitement des furoncles, des panaris, des hématomes, bien sûr, des tendinites, notamment du talon d’Achille, mais aussi du coude. En fait, elle peut être appliquée à toute la traumatologie de type foulures, suite opératoire de fractures, etc.


L’application à l’ensemble du domaine de l’orthopédie est assez récente. Elle est une bonne indication dans le glaucome, le bourdonnement d’oreilles, la parodontose (dents qui bougent), les migraines et les suites de troubles cérébraux. Au niveau des oreilles, elle est également efficace contre les otites chroniques. Pour ce qui concerne les maladies cardio-vasculaires, l’hirudothérapie est indiquée quand les veines sont douloureuses, gonflées. Côté cœur également, les Russes pratiquent beaucoup cette thérapie après un infarctus du myocarde en réadaptation. Les résultats de cette thérapie sont également spectaculaires dans tout ce qui concerne les problèmes de foie ou d’inflammation de la vésicule biliaire. Enfin, l’hirudothérapie est indiquée dans les troubles de la menstruation : aménorrhées, règles douloureuses, ainsi que les hémorroïdes.


Quelles sont les vertus de la morsure, et donc de la salive de la sangsue ? Comment ça marche ?


Les Européens de l’Est l’ont très bien compris, l’hirudotherapie est un combat entre deux être vivants qui en sortent tous deux vainqueurs : la sangsue obtient son repas de sang et le patient reçoit les effets bénéfiques de la salive de la sangsue.

De plus, comme le patient saigne abondamment pendant plusieurs heures après la fin du traitement, il bénéficie d’un effet «saignée» décongestionnant, et d’un apport de sang frais dans la région traitée soulageant les pathologies inflammatoires. Concernant l’effet de la salive, il est le fruit de l’adaptation de la sangsue à sa victime au cours de l’évolution. Quand la sangsue mord sa victime, elle veut sucer le plus de sang possible dans le temps le plus court. La victime, par contre, veut le plus rapidement refermer la plaie occasionnée par la morsure. Pour cela, cette dernière va activer ses mécanismes de coagulation du sang pour refermer sa blessure, ce qui n’arrange évidemment pas la sangsue ! Cette dernière va donc, par sa salive, envoyer d’abord des substances anesthésiantes, afin de pouvoir faire son travail sans trop attirer l’attention de sa victime, puis des substances anticoagulantes pour que le sang reste fluide et que la plaie reste ouverte pour atteindre son but. La victime va réagir à cela en essayant une nouvelle tactique : c’est alors que l’action inflammatoire est déclenchée pour se débarrasser de son agresseur, ce à quoi la sangsue répond avec des substances anti-inflammatoires. À ce moment la victime capitule et la sangsue victorieuse peut pomper le sang sans problème, jusqu’à ce qu’elle soit rassasiée. Alors, repue, elle se détache d’elle-même après 20 à 180 minutes et peut survivre (en théorie, car elle doit être tuée après le traitement) pendant près de 2 ans sans autre nourriture. Ce «combat» est finalement aussi gagné par la victime qui profite des effets thérapeutiques décongestionnant, anticoagulants et anti-inflammatoires.


Pouvez-vous nous parler de la bactérie présente dans le tube digestif de la sangsue, indispensable à cette dernière car elle lui permet de digérer ?


La sangsue a dans son estomac une bactérie symbiotique qui lui sert à digérer le sang absorbé et qui empêche la croissance d’autres bactéries. Le traitement ne nécessite pas d’antibiothérapie, bien que la bactérie soit pathogène pour l’homme, parce que la plaie est lavée par le saignement abondant et prolongé. À l’hôpital, c’est différent car les patients sont en état de faiblesse et dans un milieu propice au développement des bactéries. Une antibiothérapie prophylactique y est toujours donnée avant la pose de sangsues.


La sangsue médicinale ou Hirudomedicinalis est l’une des 650 espèces de sangsues existantes. Elle est la plus étudiée et donc la mieux connue à cause de ses vertus thérapeutiques. Cet annélide fait partie de la sous-classe hirudinea, hirudinea signifiant en latin «j’adhère». Quant au terme de sangsue, il provient du latin sanguisuda, signifiant le sang et suga voulant dire «je suce».

Hirudothérapie : les sangsues, ces petits animaux qui pompent

Dominique Kaehler Schweizer,

est hirudothérapeute

Rechercher

index.html

Enquêtes de santé - Numéro 3 - Octobre 2010