Comprendre les soins primaires et la médecine de proximité : piliers fragiles du système de santé

Alors que la santé publique occupe une place centrale dans le débat sociétal, les soins primaires et la médecine de proximité restent un maillon souvent sous tension. Définis par l’OMS comme la première porte d’entrée dans le système de soins, ces services regroupent la médecine générale, les soins infirmiers, la pharmacie de proximité, les cabinets de kinésithérapie, et englobent l’ensemble des actions coordonnées au plus près des patients (source : OMS).

En France, ces soins sont essentiels : ils prennent en charge 90 % des demandes de santé à l’échelle locale, selon la Direction de la Recherche, des Études, de l'Évaluation et des Statistiques (DREES). Pourtant, c’est précisément ce niveau du système qui affronte aujourd’hui les plus grandes pressions, reflet des choix stratégiques et des orientations prises par les politiques de santé depuis plusieurs décennies.

Politiques de santé : quels leviers en faveur des soins de proximité ?

Au fil du temps, la France, à l’instar d’autres pays occidentaux, a multiplié les réformes pour répondre aux nouveaux défis démographiques, technologiques et économiques. Ces politiques façonnent inévitablement l’accès et la qualité des soins ; les actions menées se déclinent selon plusieurs axes, que l’on peut synthétiser comme suit :

L’objectif affiché est clair : rapprocher les citoyens d’une offre de soins accessible, coordonnée, centrée sur la prévention, sans sacrifier la qualité ni l’équité.

Réformes et effets mesurés sur le terrain français

Dès 2009, la création des Maisons de Santé Pluriprofessionnelles a été une réponse phare à la désertification médicale, phénomène aujourd’hui majeur. En 2023, la France comptait plus de 2 100 maisons de santé contre seulement 174 en 2010 (source : Ministère de la Santé). Ces structures favorisent le travail d’équipe, la permanence des soins et la gestion coordonnée des patients – un levier d’attractivité notoire pour de jeunes praticiens souvent réticents à la pratique isolée.

Les CPTS, créées avec la loi « Ma santé 2022 », rassemblent médecins, infirmiers, pharmaciens, professionnels sociaux autour de projets de santé locale : 870 CPTS étaient en activité en 2023, couvrant plus de 60 % de la population française selon la Caisse nationale de l’Assurance Maladie.

Par ailleurs, la télémédecine – promue en particulier depuis la crise Covid-19 – s’est imposée comme une réponse partielle à la problématique d’accès, avec 2 millions de téléconsultations mensuelles en 2022 (Drees). Néanmoins, cette solution ne résout ni la question du suivi, ni celle des soins non programmés, rappelant la nécessité d’une présence humaine qualifiée.

Sur le plan du financement, l’Assurance Maladie a multiplié les rémunérations forfaitaires : 57 % des médecins généralistes bénéficiaient en 2021 d’une part de rémunération indexée à des objectifs de santé publique (indicateurs de prévention, suivi des maladies chroniques), contre 14 % en 2012 (Assurance Maladie).

Défis persistants et paradoxes des politiques sectorielles

Si les résultats sont tangibles, ils ne masquent pas des défis considérables – ni certaines contradictions.

Malgré les ambitions, le modèle français peine parfois à rivaliser avec certaines expériences étrangères où la place centrale des soins primaires est mieux valorisée, à l’image du modèle britannique du NHS ou du Canada, qui investissent massivement dans la prévention et la formation.

Comparaisons internationales : quelles leçons tirer ?

À l’échelle européenne ou mondiale, la réussite des politiques de santé visant les soins primaires dépend de quelques conditions-clés, identifiées dans les publications de l’OCDE (OCDE, Health at a Glance 2023).

Ces cas montrent l’importance d’une vision systémique, d’une politique réfléchie sur le long terme et d’une coopération entre les acteurs, du terrain à la décision nationale.

Quel avenir pour la médecine de proximité ? Initiatives émergentes et perspectives

Face à l’accélération des transitions, de nouvelles dynamiques voient le jour : expérimentation des « communautés de santé » (projets pilotes dans les régions Centre-Val de Loire et Grand Est), montée en puissance des infirmiers en pratique avancée (IPA), programmes « médecin référent » pour renforcer le lien et la prévention.

Parmi les innovations notables :

Enfin, la crise Covid-19 a réveillé la réflexion sur l’autonomie collective, la résilience des réseaux de santé, et l’urgente nécessité d’un dialogue constant entre décideurs, praticiens et usagers pour co-construire un système de soins primaires pérenne.

Pour aller plus loin : vers une révolution du soin de proximité ?

Au croisement des attentes sociétales et des impératifs sanitaires, la question centrale demeure : quelles politiques permettront demain de garantir à chaque citoyen un accès rapide, de qualité, et humain à la santé de proximité – alors que vieillissement, inégalités territoriales, maladies chroniques et crises environnementales appellent de nouveaux modèles ?

L’expérience montre que les réformes les plus efficaces s’accompagnent d’un engagement fort des professionnels et des patients, d’une simplification des parcours, d’un investissement massif dans l’innovation organisationnelle et la digitalisation, ainsi que d’une ouverture à l’expérimentation territoriale. Plus que jamais, la médecine de proximité apparaît comme la colonne vertébrale d’un système de santé résilient et solidaire, enjeu majeur pour les décennies à venir.

Pour approfondir les notions abordées et consulter des analyses complémentaires :

En savoir plus à ce sujet :