Un phénomène mondial aux conséquences multiples

Le surpeuplement, que ce soit à l’école ou dans le foyer, s’impose comme l’un des déterminants sociaux de la réussite scolaire les plus étudiés ces dernières années. Ce phénomène, intensifié par l’urbanisation rapide et les migrations, concerne aujourd’hui plusieurs millions d’enfants sur tous les continents. En France, selon l’Insee, près de 9% des enfants vivent dans un logement surpeuplé, une statistique relativement stable depuis 2016, mais qui atteint près de 30% dans certaines capitales européennes parmi les familles immigrées (Insee).

À l’école, la densité des classes fait régulièrement débat. L’UNICEF évalue que dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, une salle de classe peut accueillir plus de 50 élèves. En France, la moyenne est de 23 élèves par classe en primaire, mais ce chiffre peut grimper à plus de 30 dans les zones d’éducation prioritaire (Ministère de l’Éducation nationale).

Définir le surpeuplement : au-delà d’une simple question de densité

Le surpeuplement ne se résume pas uniquement à une question de mètres carrés ou de nombre de personnes dans une pièce. Il englobe aussi l’incapacité pour un enfant de disposer d’un espace personnel pour se concentrer, se reposer et apprendre. L’OMS définit le logement surpeuplé comme un habitat où la densité dépasse une personne par pièce (hors cuisine et salle de bain). À l’école, il s’agit d’un environnement où le ratio élèves/professeur ne permet pas une éducation individualisée ni un climat sain pour l’apprentissage (OMS).

Les mécanismes d’influence du surpeuplement sur la scolarité

Chiffres clés : mesurer l’impact sur les apprentissages

Indicateur Enfants exposés au surpeuplement Enfants non exposés
Taux de réussite scolaire au primaire (%) 74 89
Absences scolaires annuelles moyennes 12 jours 6 jours
Difficultés en lecture (%) 28 15
Taux d’accès à l’enseignement supérieur (%) 36 61

(Source : étude longitudinale ELFE, 2020 ; OCDE, 2019)

Les écoles face au défi : taille des classes et inégalités territoriales

Plus une classe est surchargée, plus les interactions pédagogiques de qualité diminuent. Selon l’OCDE, une réduction de la taille moyenne de la classe de cinq élèves augmente les performances scolaires équivalentes à un an supplémentaire d'apprentissage pour les élèves socialement défavorisés (OCDE). Dans les zones prioritaires, les enseignants doivent gérer simultanément l’hétérogénéité des niveaux, l’indiscipline liée à la promiscuité et le manque de ressources, accentuant ainsi le risque de décrochage pour les plus vulnérables.

En France, les classes de CP et CE1 en réseau d’éducation prioritaire ont bénéficié ces dernières années d’un dédoublement, ramenant leur effectif à 12 élèves maximum. Les premiers résultats montrent une réduction des retards de lecture et une amélioration marquée du climat scolaire (Ministère de l’Éducation nationale).

Des conséquences psychosociales et sanitaires à long terme

La dimension sociétale et politique du problème

Les enfants issus de milieux à faibles ressources sont nettement plus exposés au surpeuplement et à l’insalubrité. La Fondation Abbé Pierre rappelle qu’en France, plus de 2 millions d’enfants vivent dans des conditions de logement précaires et que l’accès à un espace dédié aux devoirs est un privilège pour certains (Fondation Abbé Pierre). Au-delà de la seule sphère privée, c’est l’accès égalitaire à l’éducation qui est en jeu.

Les politiques publiques commencent à prendre en compte cet enjeu, à travers le soutien à la rénovation urbaine, les aides au logement familial et la réduction des effectifs scolaires dans les territoires fragiles. Mais la dynamique démographique et le vieillissement du parc immobilier rendent les progrès lents au regard des besoins.

Quels leviers d’action pour limiter l’impact du surpeuplement ?

Défis futurs et perspectives de recherche

Face au changement climatique, aux mouvements migratoires et à la densification urbaine, le risque de surpeuplement s’accroît à l’échelle mondiale. Les recherches futures devront affiner la compréhension des mécanismes précis de l’impact du surpeuplement : du développement du cerveau de l’enfant à ses interactions avec l’environnement social, en passant par ses conséquences sur la santé mentale et physique à long terme.

La question du surpeuplement invite ainsi à repenser conjointement politiques de l’habitat, pratiques pédagogiques et santé publique. Mieux comprendre ces liens, c’est donner aux enfants les moyens d’exprimer pleinement leur potentiel, quelle que soit leur origine sociale ou leur cadre de vie.

En savoir plus à ce sujet :